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Le relief : pièce maîtresse de votre technique

Déjouer les hiatus entre le terrain et la carte.

Un des nœuds de la réussite en course d’orientation est d’établir un rapport carte – terrain, ou l’inverse, le plus fiable possible (ce que je vois sur la carte va arriver sous mes pieds dans quelques mètres, ou ce que je vois arriver sous mes pieds, je sais le situer précisément sur la carte). Mais parfois ce rapport devient difficile et tout naturellement l’orienteur s’en prend à la carte, qui ne lui montre pas ce qu’il voudrait voir. Souvent même il se persuade de voir autour de lui ce que la carte lui annonce. Mais la plupart du temps la réalité qui l’entoure est tout autre. C’est que tout simplement il n’est pas là où il croit être.

La carte n'est jamais fausse.

La carte serait donc souvent fausse. Et bien il faut lutter âprement contre cette porte de  sortie trop souvent empruntée. Car une carte n’est jamais fausse. Elle est seulement plus ou moins proche de la réalité. Cette plus ou moins grande proximité avec la réalité est fonction de la vision du cartographe, qui n’est qu’un humble traducteur de ce qui l’entoure (autant de cartographes, autant de versions différentes), de l’âge de la carte qui peut accélérer son obsolescence, de votre état de fatigue ou de votre habileté à établir un rapport carte – terrain pertinent.

Le très bon orienteur déjouera inévitablement les pièges tendus par une lecture du terrain et une lecture de la carte qui divergent. Le bon orienteur sera surpris de ces décalages et s’appuiera sur son expérience pour s’adapter à une situation déroutante (le blanc est devenu vert 2, ce gros chemin n’est pas sur la carte, ce rocher qui est l’élément de mon poste et qui est cartographié, est perdu au milieu d’autres rochers qui me paraissent tous semblables et qui eux ne sont pas cartographiés, etc). Quant aux autres, sortis dépités de la forêt, ils accableront immanquablement la carte et au-delà le traceur, le contrôleur et la terre entière. Une bonne façon d’éviter l’analyse, si possible critique, de leur propre pratique et de progresser dans la seule posture qui soit formatrice, l’humilité.

Fortifier ses automatismes.

Pour autant, dans la mesure où le rapport carte – terrain peut s’avérer un obstacle à la réussite de ce que vous avez décidé de faire entre deux postes, il est impératif de bétonner votre technique. Avec bien sûr la mise en place d’automatismes déjà mainte fois déclinés : carte pliée et orientée, pouce sur l’endroit où vous pensez être, choix d’itinéraire avant que de quitter le poste, choix d’un point d’attaque béton (qui ne soit pas, pour votre niveau de technique, un élément de poste en soi), simplification de la carte pour sélectionner quelques points d’appui le long de votre itinéraire, passage au point d’attaque, etc.

 Maîtriser avant tout la lecture du relief.

Combien de pratiquants du week-end confondent vitesse et précipitation et se targuent de savoir orienter (vite il faut trouver la balise) avant même que de maîtriser la partie bistre de la carte ? Bon nombre. Cachée sous les couches de couleurs qui représentent les différentes végétations, masquée par l’attrait du réseau de chemins et de sentiers qui rassurent, la couche de bistre ne s’impose pas d’elle-même au lecteur que vous êtes. Car c’est bien de lecture dont il s’agit. Et la lecture de cette couche là qui représente le relief, trop souvent négligée est primordiale.

Pourquoi la lecture du relief est fondamentale.

·      Le relief, contrairement à la végétation ou aux éléments dus à l’homme, est à priori immuable, quel que soit la traduction qu’en ait pu faire le cartographe. Un sommet, une dépression, un flanc, un rentrant, un col, une crête, un thalweg seront toujours un sommet, une dépression, un flanc, un rentrant, un col, une crête, un thalweg.

·      Le relief fournit une part très importante des points d’appuis et des mains courantes qui jalonneront vos itinéraires.

·      Beaucoup d’éléments de postes sont des éléments de relief.

·      Avant de choisir entre deux itinéraires, mieux vaut évaluer celui qui va vous faire faire le moins de dénivelé positif. Cette appréciation peut avoir une incidence dans la gestion de votre fatigue physique et donc dans votre capacité à mobiliser vos aptitudes d’analyse et de concentration.

·      En sortie de poste, mieux vaut savoir si « ça monte » ou si « ça descend ». Cela vous évitera des 180 ° catastrophiques.

·      Le long d’un itinéraire et notamment le long de mains courantes qui ne sont pas des éléments de relief (limites de végétation, chemins, sentiers, clôture, etc.) le relief peut-être précieux pour vous situer, quitter une main courante, valider votre position. Sommet, dépression, rupture de pente marquée, rentrant, nez, col, tout est bon à utiliser. Notamment le long d’un chemin, pensez à vous appuyer, sur des éléments de relief situés à l’opposé du côté où se situe votre poste.

·      Pour aborder le poste, mieux vaut savoir si cette approche peut s’effectuer par le haut, plutôt que par le bas (nous y reviendrons).

Savoir lire le relief sur une carte.

Bien sûr la pratique de terrains de pleine nature, offrant de nombreux d’exemples de formes de relief, parfois complexes (Vercors, Bauges, Haute Provence, etc), est une forme d’entraînement à rechercher. Mais en une séance du samedi, vous croiserez sur votre route, un nombre réduit d’exemples. De plus, accaparé par la multitude de choses à mettre en œuvre, obsédé par cette balise que vous devez trouver, vous ne consacrerez que peu de temps, à la lecture du relief sur la carte et à l’identification sur le terrain, de ce vous croyez avoir lu sur le papier.

Lecture d'un texte, lecture de carte, même démarche.

L’apprentissage de la lecture de carte s’apparente à l’apprentissage de la lecture au sens premier du terme. Pour apprendre à lire on commence à identifier les lettres, puis leur assemblage. Ce que l’on appelle le B-A BA.  Apprendre à lire une carte c’est apprendre à identifier les courbes maîtresses, les courbes secondaires, le sens de la pente, les détails, notamment collines et dépression. Puis fort de ces acquis vous pourrez saisir le sens d’une phrase simple et sur la carte identifier les grandes masses du relief, les crêtes et les thalwegs principaux. Ensuite aguerris à une lecture classique, vous pourrez passer aisément à une lecture en diagonale (ou rapide) de la page ou de la carte pour en saisir le sens général, avant que d’aller chercher les mots clefs.

Travailler la lecture de carte en simulation.

Mais cet apprentissage de la lecture de carte et notamment du relief ne peut se maîtriser qu’à force de répétitions. Répétitions que n’offrent pas les séances traditionnelles en forêt, aussi riches soient-elles pour acquérir une maîtrise globale de la course d’orientation. Il faut donc imaginer des méthodes d’entraînements qui permettent aux apprentis orienteurs de lire une carte avec aisance et notamment d’en extirper le relief. Le travail en simulation permet cet apprentissage. 

Qu’est-ce que la simulation. Elle consiste à lire une carte en courant ou en trottinant, qui n’a rien à voir avec le terrain sur lequel vous évoluez. Le coach propose sur cette carte de résoudre, à chaque séance, un problème simple. S’il s’agit de relief cela peut-être :

o   Dire entre deux postes, sous un trait rouge dessiné par le coach, et pas nécessairement rectiligne, si ça monte, ça descend ou tout à la fois.

o   Dire si le poste 2 est plus haut ou plus bas que le poste 1, puis si le poste 3 est plus haut ou plus bas que le poste 2, et ainsi de suite.

o   Reconnaître, s’agissant d’éléments particuliers, s’il s’agit d’une colline ou d’une dépression, d’un rentrant ou d’un nez, etc.

o   Résoudre les trois problèmes précédents à la fois.

o   Dire entre deux choix d’itinéraires proposés par le coach, entre chaque poste, celui qui offre le moins de dénivelé.

Ce que nous proposons.

Les exercices pourront commencer par des séances sur carte au bistre (carte sur laquelle on a supprimé les éléments de végétation, les chemins, le réseau hydrographique), pour que la lecture ne soit pas altérée par des informations parasites. Puis elle se poursuivront sur des cartes pourvues de toutes leurs information, pour que l’œil aille chercher, par un effort de sélection, la couche de bistre, qui seule peut lui permettre de résoudre le problème posé.

Lire de nombreuses situations en courant

L’exercice de simulation prendra sa place pendant l’échauffement à allure lente, afin de permettre, un apprentissage plus sûr. Puis peu à peu, il sera intégré dans un parcours d’orientation, en poste à poste ou en suivi d’itinéraire. Le parcours d’orientation s’effectuera en variations d’allure (VMA ou Fartlek), vite – lent – vite. La lecture de la carte de simulation se fera pendant les phases de récupération (lentes), par exemple pour aller sur chaque poste pair, ou selon d’autres variantes, élaborées par le coach, pour allonger les phases de course vite et « pincer » les phases de récupération. Le grand nombre de problèmes à résoudre sur chaque carte de simulation (entre 30 et 40 postes) contribue à l’effet de répétition recherché, ainsi qu’au travail sur la fatigue mentale et la concentration.

Pouvoir s'entraîner, n'importe où, même sur un terrain hyper connu ou pourquoi pas en salle.

Cet exercice couplé à un exercice traditionnel sur le terrain (aussi simple soit-il, comme ceux proposés sur le Campus universitaire) rend chaque séance particulièrement dense physiquement et mentalement. Aussi, s’entraîner sur un terrain qu’au fil des ans l’on connaît par cœur, n’est plus l’essentiel, puisque cet essentiel réside ailleurs. Et notamment dans un apprentissage de la technique de base de la C.O, la lecture de carte. En Scandinavie où les terrains sont enneigés tôt et tard en saison hivernale, ces exercices de simulation se pratiquent même en gymnase, sur fond d’exercices de VMA très courte, ou de parcours rapides, avec changement très fréquents de direction et obstacles à éviter.

 

A suivre :  Relief : symboles et bibliothèque d’images mentales.

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